vendredi 23 avril 2010

texte souvenir


un texte que vous ne comprendrez surement pas, mais après tout, quel importance ? je l'ai écris autant pour moi que pour les autres...

Un cours de danse qui finit, c’est le début de l’été et les filles, fourbues mais souriantes, quittent peu à peu la salle. Mais l’une d’elles, même si personne ne le voit, est plus tendue.

« Marie, attends-moi, faut que je lui parle. »

La voix se veut légère et pourtant, elle ne sait pas comment annoncer la nouvelle, Lui annoncer la nouvelle. Alors elle fait comme si tout était simple, comme si cette décision, elle l’avait prise comme ça, comme on mange une part de gâteau. Alors que ce qu’elle va dire lui déchire le cœur…

« Valérie… j’arrête le cours du Mardi soir… »

Elle lance ça, comme une pierre dans la rivière, un pavé dans la mare et, courbant le dos, elle attend la réaction qui ne tarde pas à l’éclabousser. Évidemment, Elle insiste. Pourquoi ? La vérité c’est qu’il n’y a pas de raison. Juste un trop plein d’émotions, de contraintes, un besoin pressant et insistant de liberté. Mais Elle, si terre-à-terre, si réaliste, si proche mais si étrangère, Elle ne comprend pas. Alors elle force, elle veut la raison. Et les excuses, fausses, s’enchainent. La jeune fille s’emmêle elle-même, s’inventant des arguments. Mais Elle, elle ne comprend pas, elle s’énerve.

« Si tu pars, Alice, c’est que tu n’es qu’une gamine qui n’aime pas assez danser ! »

Que répondre à cette lance qui lui transperce le cœur ? Elle a mal, si mal face à cette femme à qui elle a tant voulu plaire, à qui elle a rêvé de ressembler… alors elle se retourne, les larmes trop lourdes pour qu’elle puisse les retenir. Elle saisit son sac d’un geste tremblant et part, sous les yeux médusés de ses amies, ses sœurs qui ne l’ont jamais vu craquer, même sous la pression, même sous la douleur. Et là, une phrase, une seule, qui le tue et qui la brise plus que n’importe quelle torture.

A quoi a pensé ce professeur ? A-t-elle compris ? Non, sûrement pas, qui aurait pu comprendre cette douleur qu’elle-même ne pouvait s’expliquer ? Mais la femme, se rendant compte de ce qu’elle venait de briser, se précipite hors de la salle, rattrape celle qui n’est plus vraiment un enfant.

« Lâche-moi Valérie ! » elle aurait voulu sa phrase forte, son ton dur, et pourtant sa voix tremble lorsqu’elle veut se dégager de cette main qui la tient.

Et la femme se confond en excuse, déçue sans aucun doute elle aussi d’avoir blessé sa protégée. Parce que oui, sans aucun doute, elle avait placé des espoirs en elle, elle avait toujours été plus sévère avec elle. Mais elle avait peut-être oublié que cette gamine, cette jeune ballerine, elle n’a que dix ans…

« On ne va pas se disputer pour ça, dis-moi, j’ai parlé sans réfléchir je… » Le professeur s’embrouille, se perd…

Et la jeune fille, se renfermant dans sa carapace, cache sa tristesse et sa déception, fait comme si cette douleur avait déjà disparu. Et, rassurant son modèle d’un pâle sourire, s’éloigne en courant.

Mais les coups de couteau qui vous poignardent ne s’oublient pas comme ça, une simple phrase n’efface pas les désillusions. Ce jour-là, j’ai cru qu’elle comprendrait, qu’elle accepterait. Parce que déjà, l’année précédente, il était devenu évident que je ne pourrais pas toucher mon rêve et que même ce cadeau serait de trop pour moi. Parce que cette douleur lancinante qui accompagnait mes journées était devenue une amie trop fidèle que je voulais laisser derrière moi. Et encore maintenant, lorsqu’elle me corrige de sa voix si particulière, mélange de douceur et de fermeté, je me souviens de ce jour où elle a brisé ce qui existait entre nous, ce lien que nous n’avons pas su reconstruire. Peut-être, peut-être aurais-je dû continuer, dans la douleur et dans les larmes. Mais je n’avais que dix ans…

1 commentaire:

  1. Ciel, j'avoue que je me retrouve un peu dans ton texte. Enfin moi, c'est différent quand même. Mais ma prof de danse s'appelle aussi Valérie :)
    Continuer dans la douleur et les larmes, non. C'est ce que j'ai fait et j'ai trop souffert. Ton cas est sans doute différent mais tu l'aurais peut-être regretté, peut-être que ça aurait été pire...

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